Née à Marseille il y a 37 ans, Valentine a commencé ses études par une voie dite ‘sérieuse’, la géo-ethnologie. Rapidement, elle bifurque à l’Atelier Chardon Savard à Paris pour y apprendre le stylisme et le modélisme. Renier l’évidence plus longtemps aurait été désinvolte. De-là tout s’est enchaîné, de mannequin showroom à petite main chez Maison Margiela, Valentine a exploré l’univers de la mode de fond en comble. Et puis, enfin, le festival de mode de Dinard révèle son talent au grand jour en 2007. Il était temps !

Justement, nous avons voulu en savoir davantage sur ce parcours atypique, sur la vision que Valentine Gauthier a de la mode et surtout sa perception du style. Embarquez donc avec nous, on vous fait partager nos 3 heures d’échanges avec Valentine où naturel et bonne humeur était de rigueur.

Valentine d’où te vient ce coup de crayon ?

Valentine Gauthier : Je viens d’une famille au sens artistique inné, tout le monde dessine ou manie un minimum le coup de crayon.

Et ce goût pour la mode ?

J’ai vécu la folie des défilés dans les années 80, cela faisait partie de la culture. Tout le monde parlait de la mode comme un art, c’était la révolution ! Les mannequins étaient des vraies stars comme Naomi Campbell, Jean Paul Gaultier prenait beaucoup la parole, Mugler, on en prenait plein les yeux !

Et, pour toi comment ça a commencé ?

Vivant à la campagne, près du circuit Paul Ricard, j’étais gardée par ma nounou couturière. Je l’aidais souvent et j’aimais beaucoup. On peut dire que j’étais sa petite main comme une enfant peut l’être à sa manière. Ma mère portait des pièces de créateurs et parfois elle faisait faire ses propres modèles. Nous allions sélectionner les tissus à deux à Aix. C’est une époque qui n’existe plus.

Je ne regarde pas les défilés (…), je ne fais pas d’étude de marché, c’est instinctif.

Comment l’envie d’en faire ton métier t’est venue ?

Exercer un métier artistique faisait partie de mes souhaits depuis l’enfance. La mode s’est imposée à moi tout simplement parce que je ne trouvais pas ce que je voulais dans les boutiques ; je faisais des mix entre friperie, pièces military et robes seventies. Alors j’ai eu envie de créer mes propres vêtements pour répondre à mon propre style avant tout.

Où puises-tu tes inspirations ?

Des voyages et de mes envies. La dernière collection a été imaginée à Amsterdam par exemple. Je ne regarde pas les défilés avant de dessiner ma collection pour ne pas être influencée, je ne fais pas d’étude de marché, c’est instinctif.

Comment construis-tu tes collections ?

Je les imagine entièrement, je dessine les imprimés, les silhouettes, et j’imagine les couleurs directement pour chacune d’entre elles. Tout est vu avant la conceptualisation. Je ne me bride pas face à la création, et j’aime encore me surprendre. Par exemple, je n’aimais pas le violet alors que j’adore la silhouette violette en vitrine actuellement. Nos goûts évoluent et c’est ça qui est intéressant.

Qu’est-ce qui te motive le plus dans la création ?

C’est d’apporter ma vision dans la rue ; créer la tenue des femmes comme j’ai envie de les voir se balader, qu’elles retrouvent une tenue Valentine Gauthier en fonction de chacune de leurs humeurs. Parce que la femme est complexe !

C’est qui la femme Valentine Gauthier ?

J’habille la femme qui cherche à s’accepter, qui cherche à se libérer et qui s’affirme. Quel que soit son âge, j’habille une personnalité et ne me segmente surtout pas.

Le vêtement est lié à l’humeur

Justement, les femmes, parlons-en. Tu as l’air d’avoir beaucoup de caractère, comment te situes-tu par rapport au féminisme ?

Je pense qu’une femme doit pouvoir s’exprimer aussi fort qu’un homme peut le faire et doit être aussi libre ! Ce n’est pas un combat, c’est un état d’esprit. Je ne suis pas anti-homme, au contraire. Il me semble important que le combat des femmes soit clair ; l’égalité oui mais atteindre un statut supérieur à celui des hommes non. Hommes et femmes doivent être sur le même pied d’égalité. Selon moi, vouloir l’égalité est légitime mais souhaiter atteindre un statut supérieur aux hommes, non. Il s’agit d’un équilibre à trouver selon moi ; comme dans une collection, la virilité doit être bien placée.

Tu te sens masculine ?

Je suis masculine dans le tempérament et très féminine sur plein d’autres points. Et parallèlement, je trouve le machisme très sexy donc encore une fois je pense que c’est un équilibre à avoir !

Quelle est la pièce fétiche qui habille une femme selon toi ?

J’ai le droit d’en citer deux ? (oui, cela va sans dire) La veste et la paire de chaussures. Parce que la veste représente ton attitude et les chaussures font le look. Tu peux être mal habillée, si tu as la bonne paire de chaussures, ça passe, alors que l’inverse ne marche pas.

Dernièrement, on a pu découvrir ta collab avec Sarenza qui a comme point de départ le velours. Alors permets moi de te demander mais le velours l’été… on signe ?

Le velours est une grosse tendance depuis plusieurs hivers, alors pourquoi s’en passer l’été ? C’est une matière qui prend très bien la couleur, qui est très intéressante à travailler. Alors cette collab’ c’est un peu comme un contre-pied à la mode, c’est ma façon de faire en général !

La mode, la mode, la mode, toi comme moi nous l’aimons beaucoup mais nous savons aussi que nous travaillons dans la seconde industrie la plus polluante au monde. J’ai lu que tu étais soucieuse de l’environnement alors que penses-tu de la mouvance ‘green’ ?

C’est vrai, je suis soucieuse de l’environnement, adolescente je faisais partie de la Surf Rider Fondation à Marseille ; on se préoccupait de la propreté de la mer et on nettoyait les plages. C’était du bon sens alors que maintenant tout le monde se veut ‘green’ sans savoir vraiment ce que c’est. A l’époque les marées noires c’était choquant pour nous, maintenant tout est devenu banalité !

Et à ton échelle, comment retranscris-tu le ‘développement durable’ dans tes collections ?

Premièrement, j’attache une importance particulière à l’humain, et au fait de rencontrer l’ensemble de mes fournisseurs. Je visite chacune de mes usines pour créer un vrai lien mais surtout pour constater les conditions de travail. C’est un facteur important pour moi, autant que la traçabilité de mes pièces qui me paraît essentielle. Parallèlement, j’utilise des matières organiques et très peu de polyester dans mes collections, uniquement par nécessité.

La nécessité de répondre à la tendance ?

Oui. Par exemple, on ne peut pas créer une jupe plissée sans polyester, on sait qu’elle aura moins de tenue. Alors dans mes collections je fais le mieux de ce qui est possible pour une marque de mode. L’important c’est d’essayer d’être raisonnable, de réduire son empreinte écologique mais malheureusement la mode polluera toujours sinon on ne peut pas suivre la tendance à la lettre.

Parler de mode et de tendances avec Valentine Gauthier c’est fait, mais curieuse comme je suis, j’ai voulu m’étendre sur deux-trois questions plus personnelles. Histoire d’en savoir un peu plus sur ce beau personnage !

Ma passion c’est de ‘catégoriser’ les parisiennes, alors quel est ton quartier préféré ?

Je suis une fille du 2ème arrondissement et un peu du 1er aussi, le quartier des Halles. Lorsque je suis arrivée à Paris à 21 ans, j’ai choisi Les Halles parce que c’est central, on fait tout à pieds. Et ce que j’aime dans ces quartiers c’est le fait qu’ils soient francs, c’est le vrai Paris, le Paris actuel, un peu comme Strasbourg St-Denis…

Alors, t’es une fille de chez Jeannette ?

Oui, je suis une fille de chez Jeannette et même une fille du 52, le restaurant en face. Le 52 fait partie de ces nouveaux lieux bistronomiques qui proposent une nouvelle approche de la cuisine. C’est aussi pour ça que je suis une fille du 2ème arrondissement, parce que mon ami Grégory à l’origine du restaurant The Frenchie est dans le 2ème. L’idée c’est de bien manger sans tomber dans le trop bobo, c’est de réfléchir au goût avant tout ; de la même manière dont je construis mes collections. On twiste le banal, on relève un challenge. Et on le sait bien, la contrainte permet de se dépasser !

La contrainte aide à la création

Revenons à la création alors. Tu as dernièrement ouvert ce flagship sur le boulevard Beaumarchais, un magnifique espace avec ton showroom au premier étage. Des grandes vitrines logotées ‘Valentine Gauthier’, qu’est-ce que ça te fait de voir ton nom partout ?

C’est une certaine pression, je me dis que je dois être à la hauteur, que je dois sans cesse m’améliorer pour atteindre la perfection aussi bien pour mes collections que pour mes équipes. Je ne veux pas décevoir.

Pour clore notre longue conversation ultra riche, comment décrirais-tu ta collection automne-hiver 2018 qui arrive bientôt en boutique ?

Je dirai qu’elle est juste. Elle est facile, complexe, mais digeste. Elle est romantique au sens Baudelairien et propose de jolis classiques. C’est difficile de créer de beaux classiques, c’est plus facile de faire des pièces fortes pour lesquelles on n’est pas obligé de doser la tendance alors qu’un classique, il faut tout doser. Faire la bonne forme, la coupe qui ne se démode pas. Il faut toujours trouver le bon équilibre intemporel – tendance, cette collection l’est !

A propos de l'auteur

Anouck Leclercq

"Les filles averties respectent les règles mais twistent les codes. Car ce sont elles qui décident quand elles veulent séduire - ou pas. Bref, elles jouent mais ne trichent pas." - Philippe Corbin

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