C’était sans doute le premier défilé le plus attendu de la saison. Pour ses débuts chez Gucci, Demna signe un manifeste visuel et stylistique qui redéfinit les contours de la maison florentine. À ses côtés, un casting à la hauteur de l’événement : l’iconique Kate Moss, mais aussi Karlie Kloss et Elsa Hosk, face à une nouvelle génération incarnée par Fakemink et Nettspend. Au premier rang, Romeo Beckham et Donatella Versace scellent symboliquement la rencontre entre héritage et culture contemporaine.
Dans une lettre publiée avant le show, Demna pose les bases : sa vision repose sur une « coexistence » entre l’héritage et la mode. Chez Gucci, les deux ne s’opposent pas — ils se désirent. Le décor donne le ton : lumière tamisée, un faisceau blanc tranchant comme une lame, des statues de dieux romains frappées par des stroboscopes, sur fond de techno et de soft trap. Un électrochoc esthétique.
Mais la rupture la plus notable est ailleurs. Exit les silhouettes oversize qui ont marqué son passage chez Balenciaga. Pour Gucci, Demna opte pour une garde-robe étonnamment portable. Les hommes portent des t-shirts près du corps, des pantalons laminés ultra lisses et des blousons en cuir affûtés. Les femmes oscillent entre mini-blazers, jeans skinny, jupes au genou et robes moulantes scintillantes.
Le minimalisme sensuel évoque inévitablement l’ère Tom Ford chez Gucci — celle qui a injecté une sexualité assumée au cœur du luxe italien. Demna s’en inspire sans nostalgie, réinjectant la rigueur florentine dans des coupes précises, des fleurs brodées, des fourrures opulentes et des sacs iconiques, du duffle monogrammé à la minaudière miniature.
Les chaussures traduisent parfaitement cette tension entre tradition et modernité : mocassins ultra-fins hybrides, bottes plates monogrammées patinées, détails sport infiltrés dans des lignes classiques.
Demna refuse pourtant de parler de « maison ». Gucci, selon lui, est une super-marque guidée autant par le pragmatisme du produit que par l’émotion brute. Drame, passion, excès, contradiction : cette collection automne-hiver 2026-2027 marque le début d’un Gucci plus direct, plus désirable, et résolument ancré dans son époque.










